La plupart des choses que vous savez sur le féminisme sont des mensonges conservateurs

Cet article est la traduction d’un article d’Everyday Feminism, disponible ici.

De nombreuses personnes de tous les genres, engagés et conditionnés pour garder le sexisme et le patriarcat en bonne santé, se battent au quotidien pour déformer le féminisme aux yeux du public.

Ils ont été très efficaces : le féminisme est devenu un « gros mot », si bien que de nombreuses femmes et pratiquement tous les hommes refusent de dire qu’ils et elles sont féministes, même s’ils/elles adhèrent à l’idée. Ils/elles font tellement d’efforts pour ne surtout pas être féministes qu’ils/elles ne voient pas toutes les politiques sexistes que les conservateurs mettent en place.
Voici quelques citations célèbres de leaders conservateurs populaires :
« Le féminisme a été mis en place pour permettre aux femmes laides un accès facilité à la scène publique » (Rush Limbaugh, animateur radio)
Le féminisme « encourage les femmes à quitter leurs maris, à tuer leurs enfants, à pratiquer la sorcellerie, à détruire le capitalisme et à devenir lesbiennes » (Pat Robertson, prosélyte chrétien à la télévision)
« Féministe est un mot horrible et tout ce pourquoi elles se battent est horrible… Si votre copine est féministe, rendez-vous en compte avant d’aller trop loin dans la relation. Certaines sont jolies. Elles ne ressemblent pas toutes à des sorcières. » (Phyllis Schafly, activiste et auteure conservatrice)
index
Ces représentations fausses du féminisme sont si puissantes que de nombreux progressistes ou gens de gauche aujourd’hui ne veulent pas s’identifier comme féministes, même s’ils/elles croient aux valeurs portées par le féminisme. Ils/elles ne veulent pas que les femmes ou qui que ce soit soient frappées, violées, exploitées ou discriminées. Ils/elles veulent que chaque personne, peu importe son genre, son orientation sexuelle, sa race, sa classe, soit traitée avec respect et soit libre de faire ses propres choix.
Et pourtant, en raison d’un certain nombre de stéréotypes haineux, ils/elles ne veulent pas se dire féministe.
Explorons certains des stéréotypes les plus répandus sur les féministes. On va vous dire la vérité.
  • Les féministes détestent les hommes et pensent que les femmes ont plus de valeur. – Voici le plus grand mythe du dogme conservateur. Les féministes se battent contre le sexisme et l’oppression que la société nous détermine à perpétuer. Cela signifie que les hommes comme les femmes grandissent entourés de préjugés sur les femmes, ce qui limite ce qu’il est possible d’accomplir pour une femme. L’objectif est d’éradiquer la pensée et l’action sexistes et oppressives chez les hommes et chez les femmes – et pas d’éradiquer les hommes. Donner des droits et de la liberté aux femmes ne retirent pas les leurs aux hommes. On n’est pas dans un jeu où il doit forcément y avoir un gagnant et un perdant. En fait, avec le féminisme, tout le monde gagne.

 

  • Seules les femmes peuvent être féministes. – N’importe quelle personne désirant en finir avec le sexisme et l’oppression peut être féministe, y compris les hommes. Tout comme les personnes blanches peuvent lutter contre le racisme, les hommes peuvent lutter contre le sexisme. Pour arrêter le sexisme, nous devons aider les hommes à s’identifier à la lutte et à se débarrasser de leur pensée et action sexistes. Le féminisme soutient aussi les hommes qui cherchent à se libérer des limites imposées par les rôles masculins traditionnels ou qui ne veulent plus se conformer à la définition patriarcale de la masculinité fondée sur la prouesse sexuelle, la force physique, la capacité à se battre, l’incapacité à exprimer des émotions, et la nécessité  de soutenir financièrement sa famille. Les féministes hommes sont encouragés et soutenus dans leur libération des rôles traditionnels et dans leur recherche de ce qui les rend vraiment heureux. Donc, non seulement les féministes peuvent être des hommes, mais plus encore : le féminisme a besoin des hommes, et les hommes ont besoin des féministes !

 

  • Le féminisme ne se soucie que des femmes.- A cause de son nom, la plupart des gens pensent que le féminisme est un truc de femmes. Mais le féminisme s’adresse à tou.te.s.. Au départ, c’est vrai, le féminisme se concentrait surtout sur les problèmes liés au fait d’être une femme. Mais aujourd’hui, on considère que l’expérience et l’identité de chacun.e ne doivent plus seulement être comprises en termes de genre, mais également en termes de race, de classe, d’orientation politique, etc. Une vague de contestation est née au sein du féminisme, qui considérait qu’il représentait majoritairement les femmes blanches de la classe moyenne ou haute. Cela a conduit le féminisme à étendre son champ afin de comprendre comment ces différentes catégories de pouvoir et de privilège se croisent pour construire la vie de tous les jours des femmes. Avec le temps, cela a conduit à se rendre compte que chacun.e – hommes, femmes, trans*, non-binaires, personnes LGBTQ, personnes de couleur, pauvres, etc. – est maltraité.e ou exploité.e de manière socialement acceptée en fonction de son statut social. Honnêtement, il n’y pas une seule personne qui ne soit pas poussée plus ou moins violemment à entrer dans dans les catégories rigides fixées par la société.

 

  • Le sexisme n’existe plus, alors les féministes ne sont plus utiles. – Certaines personnes pensent que le sexisme est mort et que le féminisme ne sert plus à rien. « Les choses ne vont pas si mal », disent-ils/elles, « elles se victimisent », ou encore, « les choses sont comme elles sont ». Mais regardez autour de vous. Nous connaissons tous des femmes ou des filles qui ont subi des agressions sexuelles, qui ont des problèmes avec l’image qu’elles ont de leur corps, qui se font harcelées quand elles marchent dans la rue, qui connaissent des violences au sein du couple ou de la famille. La culture populaire apprend à nos jeunes enfants qu’elles doivent être minces, porter des vêtements moulants, être sexy mais pas vulgaires, et se concentrer sur leur apparence plutôt que sur leur éducation. Certains hommes pensent encore qu’une femme attirante cherchent l’attention des hommes même si elle dit que ce n’est pas le cas, jugent la valeur de cette femme à sa volonté de coucher avec eux, et traitent les femmes comme des petites filles. Beaucoup d’hommes respectent les femmes mais ne savent pas quoi faire quand ils voient son ami les siffler dans la rue, ou profiter d’une fille quand elle a trop bu, ou quand ils découvrent que leur copine a survécu à un viol ou a fait l’expérience de violences sexuelles. Si le sexisme était mort et que le féminisme n’avait plus de raison d’être, ses choses n’auraient pas lieu. Mais elles arrivent. Ne voulez-vous pas que cela change?
    Si vous avez besoin de plus d’exemples, ils sont ici.

 

  • Les féminismes sont colériques et irrationnelles. – Jetons un oeil à l’un des problèmes à propos duquel les féministes sont en colère [ces chiffres concernent les Etats-Unis]. 1 fille sur 4 et un garçon sur 6 subira une agression sexuelle avant ses 18 ans. 1 femme sur 4 à l’université est victime de viol ou de tentative de viol. 2 victimes sur 3 connaissent l’agresseur. 54% des agressions sexuelles ne sont pas dénoncées. 97% des violeurs ne passent pas un seul jour en prison. La peine de prison moyenne est de 4 mois. Vous en avez entendu assez ? Voici pourquoi les féministes peuvent parfois avoir l’air agacé ou en colère, mais ce n’est certainement pas irrationnel. Si on a besoin de parler plus fort pour se faire entendre, et pour prévenir la violence sexuelle infligée chaque jour aux femmes, aux hommes et aux enfants,  au risque d’avoir l’air « en colère » ou « pas féminines », on va le faire. Pas vous?

 

  • Les féministes sont toutes les lesbiennes butch. – Certaines le sont sûrement, et on est fières d’elles. Il y a aussi énormément de féministes qui sont des femmes hétéro féminines bien comme il faut, et on est fières d’elles aussi. En fait, on accueille et on travaille avec des gens de toutes les formes et de toutes les couleurs qui désirent se battre pour l’égalité et la reconnaissance de l’humanité de chacun.e. Par ailleurs, on n’aime pas trop utiliser l’homophobie pour faire peur aux femmes et leur faire croire que le féminisme n’est pas pour elles.

 

  • Les féministes ne se rasent pas les aisselles et les jambes. – Certaines se rasent, d’autres pas, mais en quoi ça vous intéresse ? La valeur d’une femme ne devrait pas être jugée en fonction des poils qu’elle a – ou n’a pas. C’est son choix. Exactement comme un homme choisit de se raser la barbe. Voyez-vous, les féministes s’en fichent un peu de ce qu’il y a sous vos bras. Par contre, on se soucie de savoir si les femmes sont poussées à avoir une certaine apparence, qui serait la seule acceptable. Ce que fait ce stéréotype, par exemple.

 

  • Les féministes n’ont pas d’humour. – En fait, on trouve qu’on est assez drôles. On ne fait juste pas de blagues qui ont pour but de blesser, rabaisser ou humilier quelqu’un. On ne garde pas le silence quand quelqu’un fait une blague aux dépens d’un certain genre, d’une certaine race, ou classe, ou orientation sexuelle, ou s’il/elle utilise des stéréotypes qui encouragent les préjugés.

Donc la prochaine fois que quelqu’un commence à remettre sur le tapis ces vieux stéréotypes éculés, je vous en prie, corrigez-le/la. Vous pourrez dire que c’est une féministe officielle qui vous l’a dit.

L’auteur:

Sandra Kim est la fondatrice et PDG d’Everyday Feminism. Elle lie son expérience personnelle et professionnelle sur le traumatisme, la transformation personnelle et le changement social, et lui fait prendre un virage féministe.

Publicités