A propos

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Les Dialogues avec mon père sont nés de tous ces dîners de famille qui ont fini en pugilats, de toutes ces dialogues de sourds avec différents membres de mon entourage, de tous ces questionnements que j’ai pu avoir, de tous ces dilemmes que j’ai connus (et pas forcément résolus). Ils ont pour but de retracer mon trajet dans le monde merveilleux et effrayant du féminisme intellectuel et militant, à travers des discussions vécues ou imaginées avec des antiféministes ou des personnes non sensibles ou sensibilisées aux questions de justice sociale.

Ces dialogues s’adressent à plusieurs types de personnes :

  • celles et ceux qui ne sont encore qu’au début de leur chemin vers le féminisme et les questions de justice sociale, et qui pourront trouver dans ces dialogues une sorte de « Féminisme 101 ».
  • celles et ceux qui, comme moi, se sont disputé.e.s beaucoup trop de fois avec leur oncle qui croit faire des blagues drôles et qui cherchent de nouveaux arguments – ou juste à se sentir moins seul.e.s
  • les antiféministes ou celles et ceux qui croient « qu’on a plus besoin du féminisme aujourd’hui » – et qui sont ouvert.e.s à la discussion.

Les commentaires resteront ouverts à tou.te.s, et tous les retours, critiques, questions et désaccords seront les bienvenus dans la mesure où ils sont constructifs et respectent les règles simples de respect mutuel. Tous les commentaires injurieux, contenant des propos sexistes, racistes, homophobes, biphobes, transphobes ou encore grossophobes seront supprimés,et leur auteur.e banni.e – comme ça vous êtes prévenu.e.s,

ABCdaire du féminisme. – Le féminisme comme tout mouvement de pensée et d’action a son propre vocabulaire. C’est aussi lié au fait que nous avons besoin sans cesse de définir des choses nouvelles, et le premier pas pour faire connaître un phénomène ou un problème est de le nommer. Ce n’est pas du pédantisme, ce n’est pas ridicule – j’en reparlerai sans doute. Si comme moi vous êtes encore au début de votre chemin féministe (mais en atteint-on jamais la fin?), voici un petit dictionnaire qui devrait vous aider.

Une autre chose : l’écriture inclusive. C’est le fait d’ajouter systématiquement le féminin des noms qui, selon les règles de la grammaire traditionnelle, devraient se décliner au masculin par défaut. Deux modes d’écriture inclusive sont privilégiés en français. Le premier consiste à inscrire en entier le féminin et le masculin de chaque nom ou pronom, par exemple, « celles et ceux », ou encore « le lecteur ou la lectrice ». Ce moyen, plus pratique à l’oral, est en revanche un peu fastidieux à l’écrit. C’est pourquoi on utilise plutôt le second mode, qui consiste à ajouter grâce à un point, un slash ou un tiret (et non des parenthèses!) la terminaison qui marque le féminin : les lecteurs/trices, les opposant.e.s, etc.

Enfin, l’évolution vers une langue moins masculine et en général moins genrée s’accompagne aussi de son lot de néologismes, par exemple « celleux » (celles et ceux). De même, pour les personnes non-binaires ou genderfluid, on utilise le pronom « iel ».

Vous voyez, c’est simple ! Il suffit de prendre la peine de s’y habituer (10 minutes, à tout casser). Ça prend un peu plus de temps de prendre le réflexe de le faire quand on écrit, c’est pourquoi il est possible que je ne le fasse pas systématiquement… Si vous remarquez des erreurs et oublis de ce type, n’hésitez pas à me le signaler.

Les TW (trigger warnings). – A la tête de certains de mes articles, vous trouverez la mention TW, suivie d’une liste de mots-clés. Cet avertissement sert à signaler un contenu potentiellement choquant ou dérangeant, en particulier à celles et ceux qui pourraient souffrir de traumas plus ou moins importants et qui désirent éviter tout « déclencheur » (« trigger »).

Disclaimer. – Ces dialogues sont fictifs : s’ils ont pu être inspirés par des conversations que j’ai effectivement eues, ils sont passés par le prisme de l’analyse et de l’écriture. Les personnages et les paroles que je mets dans leur bouche sont imaginaires. De plus, les opinions mises en avant dans ces textes n’engagent que moi. S’il peut m’arriver de citer d’autres contenus, cela ne veut en aucun cas dire que les auteur.e.s de ces contenus cautionnent ou soutiennent les propos que je défends ou la manière dont je les défends.

Mon modèle n’est pas, mais alors pas du tout, le dialogue socratique : les arguments opposés sont de vrais arguments, qui ont leur validité et qui représentent de vrais questionnements. Ils ne seront jamais traités comme des faire-valoir, et j’essayerai, autant que possible, d’éviter la caricature et l’exagération.

Mon père, qui a inspiré ce blog et lui a donné son nom, n’est jamais représenté fidèlement dans aucun des dialogues, évidemment. De plus, d’autres personnages seront convoqués, comme ma mère, mes ami.e.s, des professeur.e.s, des journalistes. J’ai choisi cette figure du père pour deux raisons : évidemment, parce qu’elle est le symbole du patriarcat, mais également parce que je débats beaucoup avec mon père. Je suis très impliquée émotionnellement dans ces débats, à tel point que je les continue souvent seule dans ma tête face à un père imaginaire.

A la fin de nos discussions, mon père – le vrai, pas l’imaginaire – a coutume de dire « Voilà, nous avons bien refait le monde : il va être magnifique pendant au moins quinze bonnes minutes. » Je sais bien qu’il fait son cynique, son vieux con. Mais j’aime à penser qu’il a raison : l’éducation, la sensibilisation, la discussion, en un mot la parole est ce qui permettra au monde d’évoluer, aux choses d’aller mieux. C’est pour cette raison qu’il me semblait nécessaire de publier ces dialogues.

Mon féminisme et moi. – Je pratique et je crois en un féminisme inclusif et intersectionnel, c’est-à-dire un féminisme qui sait fabriquer des cadres de pensée qui croisent les oppressions. Pour faire simple, l’expérience d’une femme blanche et d’une femme noire n’est pas pas la même dans notre monde contemporain, et nous avons besoin de systèmes de pensée différents pour en rendre compte – même s’il y a parfois des superpositions, d’où l’idée de croisement, d’intersection. Pour rendre compte du système oppressif qui pèse sur une femme noire (je prends cet exemple car c’est au cœur de ce groupe qu’est née l’intersectionnalité dans les années 1990), il ne suffit pas de penser d’un côté le sexisme et de l’autre le racisme. La combinaison de ces deux critères oppressifs mène à une situation nouvelle qui nécessite de nouveaux outils pour être appréhendée.

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L’intersectionnalité n’est pas limitée au genre et à l’ethnie. Elle concerne aussi l’orientation sexuelle, la classe sociale, le niveau d’éducation, l’âge, la religion, l’apparence, l’état de santé etc. Tous les critères que notre société utilise pour discriminer et opprimer sont pris en compte dans le cadre de pensée intersectionnel : il ne s’agit pas d’empiler, mais de combiner. Ça permet aussi de penser un système où chacun.e peut être à la fois dominant.e et dominé.e, et donc de penser des relations interpersonnelles beaucoup plus compliquées qu’une simple équation agresseur/victime. Ça force à s’intéresser au contexte et aux événements, bref, à enrichir notre compréhension.

Mon combat féministe est donc inséparable de l’anti-racisme, de la promotion des droits LGBTQIA+, du bodypositivism, de l’anti-classisme et de tous les types de lutte contre les discriminations de type systémique, que j’appelle globalement justice sociale.

Cependant, dans la plupart des luttes liées à ces domaines, je me dois de me considérer non pas comme un acteur direct, mais comme une alliée. En tant que femme blanche, cis, hétéro, éduquée, mince et en bonne santé, le spectre de mon oppression est dans les faits assez réduit. Il s’agit alors pour moi – et c’est le rôle de tout.e allié.e – de savoir où est ma place tout en continuant à lutter pour ce qui me tient à cœur. Ça veut dire, dans la pratique, savoir écouter les premier.e.s concerné.e.s et leur laisser aussi souvent que possible le devant de la scène. Attention (je vous vois venir), il ne s’agit aucunement de se sentir coupable de ses privilèges : de même qu’on ne peut pas tenir quelqu’un responsable de son oppression, on ne peut pas tenir quelqu’un responsable de son privilège. Par contre, on peut juger quelqu’un sur l’usage qu’il fait de son privilège. C’est un équilibre difficile à tenir parfois, entre aider et s’ingérer. Il s’agit avant tout d’être à l’écoute de l’autre et d’essayer, autant que possible, de mettre son propre ego hors du chemin. Et ne pas avoir peur de perdre ses privilèges, parce que c’est, pour faire simple, ce pourquoi un.e allié.e se bat.

Je suis entrée dans le féminisme assez lentement, par la petite porte. Je ne me souviens même plus exactement comment. Je pense que les relations, l’entourage, mes amis, la fac, tout cela a beaucoup aidé. Mais je sais aussi que c’est un chemin long et difficile, car il n’est pas majoritaire. Etre féministe est devenu un gros mot. Etre féministe c’est être hystérique, paranoïaque, mal baisée, castratrice, misandre, moche, pas épilée, lesbienne, bref, dangereuse. Certains de ces adjectifs sont des insultes, d’autres sont pensés comme tels mais ne devraient pas l’être. En tous les cas, ils sont tous faux. Aucun ne définit ce que c’est qu’être féministe.

Ce n’est d’ailleurs pas facile de le définir. Le féminisme c’est un immense réseau de luttes dont le principe fondamental est l’égalité entre les hommes et les femmes, ou plutôt entre chaque être humain peu importe son genre. Il part du constat d’une inégalité, cherche à pointer du doigt cette inégalité là où elle n’est pas admise ou consciente, et enfin à rééquilibrer les choses. A partir de là, il y a autant de tendances qu’il y a de problèmes, d’époques, de contextes géographiques et sociaux. Chaque société, et la plupart des féministes elles-mêmes, considèrent qu’il y a des bons et des mauvais féminismes, des bonnes et des mauvaises causes, des bons et des mauvais moyens d’action. Il y a des sujets sur lesquels les féministes ne seront jamais d’accord, comme le voile ou la prostitution. Il y a des féministes qui taguent, qui twittent, qui tractent, ou qui s’en tapent. D’autres qui débattent et qui bloguent, qui s’énervent, certaines même qui défilent seins nus. Le féminisme est divers (et magnifique), et non, on ne peut pas dire que ça « nuise à la cause ». Cette diversité est tout à fait nécessaire, parce que « La Femme », ça n’a jamais existé. Fort heureusement.

Briser les barrières et les catégories, changer de repères. Certain.e.s crient à la révolution, ça leur fait peur. Moi, j’en fais une maxime de vie.

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